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Mission d’Etudes en Allemagne

Du 3 au 8 mars 2008, AFCOBOIS a organisé une mission d’études en Allemagne. Jonas Tophoven, journaliste qui accompagnait cette mission, nous a livré ses premières réflexions.

La MOB conjuguée au futur
Lundi 3 mars, rassemblement à Strasbourg et présentations :
«Vivre bois», «Le sens du bois», «Les maisons éco-durables»... De toute évidence, les constructeurs bois français surfent sur la vague de sympathie du matériau qu’ils transforment, et se rebaptisent au goût du jour. Mardi 4 mars, le car traverse le pays de Bade, de l’autre côté du Rhin. A proximité de la Forêt Noire, les maisons à colombage sont courantes et bien entretenues. On est en terre de charpentiers. Premier arrêt chez Holzbau Kirsten, un constructeur bois assez jeune, équipé d’un centre d’usinage K2 de Hundegger, et qui déclare construire environ une maison par mois, selon un ratio que l’on retrouve un peu partout, quel que soit le degré d’équipement et la taille de l’entreprise : une maison par employé et par an. L’ouvrage en cours est un chalet pour la Suisse, avec une paroi dotée d’un U de 0,28 qu’on y juge tout à fait suffisant. La maison précédente était du même acabit et d’emblée, voici la morosité du marché domestique qui transparaît. Son contraste avec le marché de la demande français n’ira que s’amplifiant au cours du voyage. Déjà, les Français ne comprennent pas comment Kirsten fait pour vendre sa paroi-type à un prix de marché qui est de l’ordre de 110 euros avec ossature, enveloppe extérieure en fibre de bois, ouate de cellulose insufflée et panneau contrelatté avec isolant en fibre de bois pour combler l’espace réservé au passage des câbles et améliorer encore un peu la résistance thermique évaluée à U=0,11. En ajoutant sur chantier l’enduit extérieur et les plaques Fermacell côté intérieur, on arrive péniblement à 160 euros le mètre carré, une valeur qui semble hors d’atteinte, et qui s’explique sans doute plutôt par le prix des matériaux que par la rationalisation des process de fabrication, sachant qu’un charpentier qualifié est payé contractuellement 17,5 euros à l’heure. A noter que la K2 est utilisée pour revenir aux bons vieux assemblages en queue d’aronde, y compris pour l’emboîtement des parois sur les lisses basses. « L’ouvrage bouge de façon plus solidaire », explique le chef d’entreprise qui réalise systématiquement un test d’étanchéité à l’air « blower door » en fin de chantier et rassemble les données relatives aux consommations énergétiques effectives des maisons qu’il a bâties. « Un passage d’air de 12 mm de diamètre réduit à néant les performances d’une paroi isolée de 12 m2 », explique-t-il en connaissance de cause. Le souci de l’efficacité énergétique revient comme un leitmotiv, non seulement lors de la visite du quartier solaire de Fribourg en Breisgau ou sur le salon Dach+Holz à Stuttgart, mais également chez un inventeur comme M. Miocic de Miodul. Ce dernier a élaboré des parois-type constituées de modules manuportables qui s’emboîtent sur le chantier. Le poteau massif de l’ossature est remplacé par deux éléments plus légers et plus petits, solidarisés par un panneau en fibre de bois qui fait figure de rupteur de pont thermique, et ferme latéralement les caissons où la ouate de cellulose sera insufflée par un orifice pratiqué dans la partie haute de la paroi ainsi empilée. Quant au centre de formation des apprentis de Biberach, sorte d’équivalent allemand de l’école Mouchard, un nouveau module théorique y a été détourné pour étudier les détails de l’isolation lors d’une intervention en rénovation, et ce grâce à des reconstitutions de combles en atelier, grandeur nature.

Au pays des maisons toutes prêtes
Schwörerhaus, Baufritz, Exnorm-Kampa, Lehner : un parcours initiatique dont la dramaturgie est éloquente. La première enseigne, issue originairement du négoce, a poussé la préfabrication en atelier aussi loin que possible, mais sa démarche d’automatisation se concentre tout particulièrement sur le pôle de fabrication des éléments d’ossature, où il joue le rôle de fournisseur international. Centré sur la maison industrialisée haut de gamme, le Bavarois Baufritz est amené à automatiser tout ce qui peut encore l’être, ne serait-ce qu’à cause de l’utilisation d’un isolant maison à base de copeaux mélangés à de la caséine et de la soude. Quant à Exnorm devenu Kampa, sa ligne de fabrication d’éléments de maison est sans doute toujours la plus moderne d’Europe, mais avec une capacité de production qui n’est exploitée qu’à 25 % en 1/8. Il ne fait pas vraiment de l’ombre au voisin Lehner, dont la taille est plus modeste, plus familiale, mais qui maîtrise parfaitement la relation au client. Les deux approches trouvent leur expression dans la coexistence de deux fédérations professionnelles dédiées à la maison préfabriquée. L’une, plutôt concentrée dans le grand sud-ouest de l’Allemagne (l’épicentre du mouvement), est précisément dirigée de père en fils par les Lehner. L’autre, dominante par le nombre d’adhérents comme par leur taille, est particulièrement affectée par la baisse continue du marché allemand de la maison individuelle, et ne voit désormais de salut qu’à l’export. C’est du moins ce que son président, M. Huf, patron d’un constructeur spécialisé dans la maison poteau-poutre en très haut de gamme, est venu déclarer au groupe français à l’occasion du bouquet final que constitua, samedi 8 mars, la visite du village de maisons témoins de Fellbach près de Stuttgart. Les obstacles que constituent les questions d’assurance et les types de contrats parviendront tout au plus à retarder le déploiement de l’offre allemande en France, affirme-t-il en substance. D’ores et déjà, l’enseigne Huf vend plus de maisons en Grande-Bretagne et en Irlande que dans son propre pays. Certes, les Allemands devront s’adapter à la solvabilité des clients français, à leur habitude de se satisfaire de prestations moins élevées. Mais ce voyage d’études témoigne d’une alerte particulièrement inspirée. Car malgré tout le confort que procure depuis des années un marché où la demande en constructions bois excède l’offre, les participants ont bien compris où cela mènerait de se reposer sur ses acquis et de ne pas exploiter dès à présent tous les gisements de productivité... mais sans perdre de vue le client !

 

 

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